On pourrait sourire de cette prédilection fort ancienne – rappelons
les Sept Merveilles du Monde de l’Antiquité – qu’ont toujours
manifesté les hommes pour les classements les plus insolites. On ne
compte plus les listes officielles ou officieuses – parfois farouchement
défendues par de très actives associations – telles que « Les Plus Belles Baies du
Monde », « Les Plus Beaux Jardins du Monde » ou « Les Plus Beaux Villages
du Québec ». Comme si l’émotion esthétique, subjective avant tout, pouvait
s’accommoder de comparaisons et de hiérarchies… Ce n’est heureusement pas la
raison d’être de la liste du Patrimoine mondial dressée par l’Unesco (1), qui a pour
objet de faire connaître et de protéger des monuments, des sites, des traditions
et des savoir-faire considérés comme exceptionnels, sans pour autant établir entre
eux un quelconque ordre de supériorité. L’idée originelle, suivant laquelle l’humanité
tout entière est à la fois héritière et garante d’un patrimoine universel, est sans
doute l’une des plus fécondes que nous ait légué le XXe siècle. Non pourtant que
cette liste soit exempte de tout reproche. D’une part, le rôle longtemps dominant de
l’Occident dans les instances internationales – et donc de l’Unesco – ainsi sans
doute que la rémanence inconsciente d’une croyance en la suprématie de sa civilisation,
ont abouti à une surreprésentation de l’Europe et de l’Amérique du Nord, avec
475 « biens » sur les 936 recensés. D’autre part, si l’inscription d’un bien est pour
le pays récipiendaire une source de légitime fierté, elle implique également la charge
d’en assurer la préservation. Lourd devoir, que la pression démographique et les
difficultés économiques font souvent négliger, au point qu’une inquiétante « liste
du Patrimoine mondial menacé » ne cesse de s’allonger. Souhaitons qu’à cet égard
le Maroc – où fut inaugurée la notion de « Patrimoine oral et immatériel » et demeure
le premier pays d’Afrique pour le nombre de biens inscrits – se pose en modèle.
Et que soient bientôt levées les menaces qui pèsent sur des joyaux tels que
Mazagan ou Aït Benhaddou, qui plus encore qu’au Maroc, appartiennent
désormais à la mémoire du monde…
(1) United Nations Educational, Scientific and Cultural Organisation. Créée le 16 novembre 1945,
elle compte actuellement 195 États membres. |